LE SCALPEL NOUS APPELLE

Connais-toi toi-même, disait Socrate. C’est le secret du bonheur…

Alors, écoutant le grand homme, beaucoup ont passé leur vie à tenter de découvrir qui ils étaient à l’intérieur, sans jamais vraiment y parvenir.

Et puis un jour, ils meurent. Et pendant l’autopsie, de parfaits inconnus découvrent tout en moins de dix minutes.

Le monde est cruel.

A ma mort, je veux léguer mon corps à la science fiction.

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L’Europe des poulpes

Charles Quint disait : « Je parle espagnol à Dieu, italien aux femmes, français aux hommes et allemand à mon cheval ! »

Aujourd’hui en Europe, on parle surtout allemand. Et en bons canassons que nous sommes, nous avons tous plié (Allemagne comprise) devant la loi des marchés financiers.  L’Europe des peuples est devenue l’Europe des poulpes. Décérébrée du haut et tentaculaire du bas. Mono-neuronale du bulbe dédié uniquement aux intérêts à court terme, et déglinguée du tronc faisant danser tous les politiques au bout de ses bras tels des marionnettes qui ne font plus rire personne. A droite en France, à gauche en Grèce… les extrêmes de tous bords virent en tête lors d’élections foutraques, poussives et inadaptées. Alors les médias s’agitent pour faire grimper l’audimat et rentabiliser les écrans pub, les gens s’indignent sur les réseaux sociaux depuis leur canapé, les partis se disloquent à grand bruit pour singer publiquement leur autodafé,  le buzz monte et gronde… pour retomber comme un vieux soufflet moisi quelques semaines plus tard. Car tout ce brouhaha ne changera rien et tout le monde le sait. Parce que le Patron est toujours là.

Le Patron mène la barre du paquebot Europe et n’infléchit celle-ci que pour suivre en temps réel les courbes sur son IPad, celles de la valeur de ses stock-options et des soubresauts du Marché tout-puissant. Tout le reste n’est qu’un leurre pour distraire la plèbe. Les politiciens de droite, de gauche ou d’ailleurs  le savent bien : pour sauver leur petite carrière devenue inutile il leur faut bien créer des écrans de fumée afin d’occuper le bon peuple.

Indigents, indignés ou indifférents, voilà les gens. Fatigués surtout. La tête vidée d’illusions perdues. Exsangues d’un monde qui tarde à se réinventer.

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Charles Quint avait raison : il faut parfois en rudoyer certains pour qu’ils nous comprennent. Alors en attendant que les puissants de ce monde fassent leur examen de conscience, peut-être est-il temps que nous autres cessions déjà de nous amuser avec les marionnettes et rangions tous les guignols au placard. Et quand les politiciens pantins auront disparu, engloutis par leurs propres écrans de fumée, peut-être verrons-nous enfin à qui nous devrions parler espagnol, italiens, français… et surtout allemand.

L’amour, c’est si compliqué ?

Demandez à 10 personnes dans la rue de vous donner la définition de l’amour, vous aurez 10 définitions différentes. Pourquoi donc ce sentiment est-il si hasardeux à expliquer alors que presque tout le monde en parle ou lui court après ? Une petite idée : ne serait-ce pas tout simplement qu’il résulte de la somme de deux états diamétralement opposés que sont l’égoïsme et l’altruisme ?

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Petit état des lieux : aimer, c’est d’abord chercher l’amour de soi dans le regard de l’autre (oui je sais, ce n’est pas très romantique mais c’est très connu, même des services de police). D’ailleurs,  « Aimez-moi » est sans doute la phrase la plus égoïste prononçable sur cette Terre par tout bipède qui se respecte ; c’est pourtant la première que l’on a envie de clamer à la personne élue de son cœur ! Et si par bonheur la réponse se fait quelque peu attendre, alors on finit par aimer davantage son propre désir que l’objet même de son désir ; « l’amour, c’est rencontrer quelqu’un qui vous donne de vos nouvelles » disait par exemple André Breton.

Mais dans ce cas, pourquoi érige-t-on ce sentiment à des hauteurs si vertigineuses ?

On sait que Dame Nature demeure d’une implacable cohérence en tout procédé. Ainsi, après avoir créé des choses (les mers, les forêts, les gastéropodes univalves, …), son but est de les perpétuer.

Pour se reproduire, les humains n’ont pas fondamentalement besoin d’être amoureux… mais s’ils veulent élever le fruit de leur union et le porter à maturité, c’est préférable. Un lien fort doit les unir au-delà des contingences matérielles. Or, si le sentiment amoureux devient alors indispensable à la survie de la lignée, il se doit de figurer en tête des préoccupations (juste après la quête des besoins physiologiques).

L’amour est donc viscéralement lié  au fameux instinct de survie, c’est-à-dire au retour primaire et légitime à soi (autrement dit… à l’égoïsme).

Le sentiment amoureux peut ainsi être considéré comme la figure de proue de l’égoïsme. Et il est (avec l’acte sexuel aidant à repousser l’idée de la mort) l’une des deux illusions nécessaires à notre survie.

Ça fonctionne d’ailleurs très bien, si l’on considère de par le monde la quantité effarante de gens trouvant l’amour de leur vie à moins de 10kms de chez eux ou même sur leur lieu de travail ! Des centaines de millions de coïncidences allant totalement à l’encontre du plus élémentaire calcul de probabilités… 

L’égoïsme est là, mais l’illusion se poursuit : car bien évidemment, aimer c’est aussi s’oublier totalement, c’est-à-dire laisser toute la place disponible pour l’autre. Chacune de nos priorités s’effaçant devant les priorités de l’autre… L’altruisme à son paroxysme, en quelque sorte.

Or, voilà bien le problème : en mathématiques, la somme de deux opposés donne zéro. Autrement dit, la neutralité absolue, le non état… Le chiffre parfait qui ne souffre aucune interprétation partisane.

Alors… si l’on se replonge tout à coup dans nos perpétuelles et indécrottables imperfections quotidiennes… serait- ce si étrange d’imaginer qu’on ait tant de mal à définir la perfection ?

L'épreuve par l'image